L'INCERTITUDE, UN MOYEN D'ÉTUDIER LA PSYCHOSE ?

 

L'incertitude, un moyen d'étudier la Psychose ?
Researches 25/06/2015

Et si notre capacité à adapter nos décisions à l’incertitude, inhérente à tout choix, était perturbée dans les premiers temps de la psychose ?

Une récente étude a permis de répondre à cette interrogation. Cette étude selon Raphaël Gaillard, vice-président de la fondation Pierre Deniker "devrait permettre de mieux comprendre l’émergence du délire et de guider l’innovation thérapeutique".

L'étude s'est déroulée ainsi. Les participants ont dû s'essayer à un jeu sur ordinateur où il s'agissait de miser ou non sur des symboles. Les probabilités de gains évoluants avec le temps, les participants devaient donc montrer leur faculté à s'adapter à la situation pour ainsi miser au bon moment et maximiser leur gain. Il a été montré grâce à des modèles mathématiques que, pour être le plus efficace, les participants utilisent pour faire leurs choix une appréciation interne, à chaque instant, de leur confiance (qui est le complémentaire de l’incertitude) dans les règles.

Afin de simuler les prémices d'un comportement psychotique, de la Kétamine était administrée à un groupe tandis que l'autre recevait un placebo. Les effets de la Kétamine sur l'activité cérébrale ont pu être analysés en continu grâce à un système d'Imagerie Cérébrale Magnétique (IRM). Il a été possible de démontrer que la kétamine altère la capacité des participants à exploiter les périodes de relative stabilité de la règle du fait d’une moindre capacité à adapter leurs choix à leur confiance dans les règles. Ainsi, ils ne parvenaient pas à miser dans 100% des cas sur un indice gagnant dans 80% des cas, comme si un doute persistant les perturbait. Il a été observé que ce déficit était corrélé à une moindre modulation d’un réseau cérébral fronto-pariétal.

Cette étude met en évidence dans un modèle pharmacologique de psychose la perturbation de la capacité à adapter finement le comportement au caractère incertain de l’environnement. Les bases cérébrales de cette dysfonction (un réseau fronto-pariétal) sont identifiées, et peuvent être mises en lien avec la transmission glutamatergique, sur laquelle agit la kétamine et sur laquelle se concentre actuellement la recherche de nouveaux traitements de la schizophrénie. Ce résultat s’inscrit dans la continuité de la publication parue dans la revue Science il y a quelques années (Whitson, Science, 2008) sur l’émergence de phénomènes d’allure psychotique (superstitions, scénarios conspirationnistes) chez des sujets sains soumis à une forte incertitude.

Fabien Vinckier et Raphaël Gaillard, de l’hôpital Sainte Anne, l’Inserm et l’Université Paris Descartes en collaboration avec Mathias Pessiglione de l’Institut du Cerveau et de la Moëlle à la Pitié–Salpêtrière et Paul Fletcher, de l’Université de Cambridge en Grande Bretagne, viennent de publier cette étude dans la prestigieuse revue Molecular Psychiatry.

http://www.nature.com/mp/journal/vaop/ncurrent/full/mp201573a.html

 

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