SUICIDE ET TENTATIVES DE SUICIDE, DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES RÉCENTES - BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE HEBDOMADAIRE

 

Suicide et tentatives de suicide, données épidémiologiques récentes - Bulletin épidémiologique hebdomadaire
Read, seen, heard 05/02/2019

Avec plus d’un million de décès chaque année, le suicide est la 14e cause de mortalité dans le monde, et ce chiffre devrait augmenter de 50%, pour en devenir la 12e cause d’ici 2030 . Il s’agit évidemment d’un problème majeur de santé publique.

L’impact du suicide est bien plus large qu’une tragique trajectoire individuelle : il est à l’origine de beaucoup de douleur et de traumatismes chez les proches, et même pour les professionnels de santé.

On considère qu’un suicide endeuille en moyenne sept proches et impacte plus de 20 personnes. Il est démontré que le risque de suicide augmente significativement dans l’entourage d’une personne suicidée (famille, camarades de classe, collègues de travail, etc.). Ainsi, le psychiatres parlent à présent de "contagion suicidaire".

Plusieurs Etats ont soutenu des initiatives efficaces -car mesurées et évaluées- visant à lutter contre le suicide et ses effets de contagion. 

Tout d’abord, les études épidémiologiques de ces 20 dernières années ont permis d’identifier des facteurs permettant de diminuer la mortalité et la morbidité suicidaire, tels que des idées suicidaires ou des antécédents personnels de comportement suicidaire.

Le groupe de travail « Prévention du suicide », constitué en 2016 par la Direction générale de la Santé, a fait des propositions stratégiques qui ciblent les personnes les plus à risque et fixent des objectifs quantifiés de réduction du nombre de suicide et de tentatives de suicide. Plusieurs actions sont mises en avant comme :

  • Diminuer l’accès aux moyens létaux, aux armes à feu bien sûr, mais aussi œuvrer pour rendre plus difficile l’accès à un hot spot (c’est-à-dire un lieu connu pour attirer les suicidaires comme le Golden Gate Bridge à San Francisco, les falaises d’Étretat, les parties accessibles des voies ferrées…)
  • Créer ou maintenir du lien avec les population vulnérables au moyen du recontact des suicidants. : c’est ce que porpose le dispositif VigilanS , qui constitue l’objet d’étude de Olivia Desobry (elle a reçu une bourse de la Fondation Pierre Deniker pour ce projet).
  • Prévenir la contagion suicidaire de proximité ainsi que la contagion médiatique : objectifs du programme Papageno ,
  • Sensibiliser le public au repérage et de former les professionnels de santé à l’évaluation et à la prise en charge du risque suicidaire

Le numéro du BEH de cette semaine promeut des méthodes pour une meilleure évaluation de la mortalité, de la morbidité et des causes associées à l’acte suicidaire, dans le but de fonder et renforcer les stratégies de prévention.

Par exemple, il semble que les perspectives d’exploitation des données des bases médico-administratives du système national des données de santé (SNDS) permettent de surmonter plusieurs biais d’information. Les outils de mesure de l’évolution des idéations suicidaires et de la suicidalité sont indispensables pour évaluer et améliorer l’efficience des dispositifs de prévention et de recontact :

  • Le Baromètre de Santé publique France chez les adultes (C. Léon et coll. ; P. Delézire et coll.),
  • Les enquêtes régulièrement répétées chez les adolescents (E. Janssen et coll.),
  • Les  données d’hospitalisations pour tentative de suicide (C. Chan-Chee).

De même, la question de l’évaluation des dispositifs d’écoute (C. Chan-Chee et coll.) devient l’occasion d’une réflexion sur l’évolution de ces dispositifs, entre respect de l’anonymat des appelants et nécessité d’intervenir dans les situations de détresse aiguë.

D’après l’article :

Thomas P. Éditorial. Prévention du suicide : l’évaluation est indispensable. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(3-4):36-7.

Focus : les adolescents et le suicide

Dans le BEH de cette semaine a été publié les premiers résultats de l’enquête Escapad 2017. Menée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), cette enquête est réalisée régulièrement (lors de la Journée défense et citoyenneté) depuis 2000. Les résultats permettent d’offrir un point précis sur les comportements suicidaires et les principaux facteurs associés en 2017, et d’en suivre les évolutions au cours des dix dernières années.

L’enquête révèle qu’en 2017 près de 3% des adolescents de 17 ans déclaraient avoir fait au cours de leur vie une tentative de suicide ayant nécessité une hospitalisation, et plus d’un jeune sur dix déclarait avoir pensé au moins une fois au suicide au cours des 12 mois précédant l’enquête. La comparaison avec les éditions précédentes de l’enquête (2011 et 2014) révèle une augmentation significative des tentatives de suicide et pensées suicidaires déclarées chez les filles entre 2011 et 2017. La variable la plus fortement associée à la déclaration de pensées suicidaires et de tentatives de suicide est le fait de présenter un risque élevé de dépression. Après contrôle sur le sexe, la situation scolaire, la structure familiale, le risque de dépression et la catégorie socioprofessionnelle des parents, les résultats soulignent un lien fort entre tentative de suicide et usages de substances psychoactives, en particulier l’usage de substances illicites autres que le cannabis chez les garçons et l’usage quotidien de tabac chez les filles.

► D’après l’article :

Janssen E, Stanislas S, du Roscoät E. Tentatives de suicide, pensées suicidaires et usages de substances psychoactives chez les adolescents français de 17 ans. Premiers résultats de l’enquête Escapad 2017 et évolutions depuis 2011. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(3-4):74-82. 

► Voir le Livre Blanc de la dépression

► Consulter le site de notre programme #psyJeunes

 

 

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