TROUBLES PSYCHIQUES ET MONDE DE L'ENTREPRISE

 

Troubles psychiques et monde de l'entreprise
Lu, vu, entendu 07/07/2015

Dix ans après la Loi Handicap de 2005, il reste des progrès à faire.

Pierre Manificat, Psychologue du travail et Responsable de l’accompagnement individuel au sein du Groupe JLO nous présente un portait en demi-teinte sur l'intégration des handicapés psychiques dans le monde l'entreprise. Une fois encore la méconaissance et la peur de cet handicap sont les principaux freins à cette intégration.


Lien article : Santé mentale en Rhône Alpes

Handicaps ingérables ou mal gérés en entreprise ?

Mal gérés ! Non par manque d’envie, mais bien souvent par méconnaissance. Force est de constater que beaucoup de grands groupes sont sensibles à la problématique du handicap psychique, s’impliquent et s’investissent dans l’employabilité et le maintien dans l’emploi des personnes souffrant de troubles psychiques, mais qu’ils ne savent pas toujours bien faire.
Pourquoi ? Manque de compréhension, d’outils, aménagements inadaptés, démarches maladroites, management peu ou mal impliqué…
Même si l’entreprise dispose de bons conseils au bon moment, il est nécessaire qu’émerge et s’installe une volonté commune au sein de l’organisation visant l’amélioration de la situation, afin que la personne en situation de handicap psychique puisse être maintenue en activité. Toutes les actions d’informations, de sensibilisations, d’appuis, peuvent être déployées. Car si l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise n’est pas en phase, cela ne marchera pas.

Un engagement global est donc impératif à toutes les strates de l’entreprise : de l’organisation au référent handicap, en passant par le RH, le manager, le collectif et le salarié.

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Un handicap qui englobe de nombreux troubles

Le terme de « handicap psychique » fait encore peur car il s’agit d’une notion restée longtemps taboue et véhiculant encore des fantasmes, des craintes, des peurs et des projections. Or le handicap psychique n’est pas une maladie mentale, mais la conséquence d’une maladie psychique caractérisée par une altération de la pensée, de l’humeur et du comportement, et générant des troubles psychiques.

Quand on parle handicap psychique selon la classification DSM, on évoque à la fois les troubles de l’anxiété (phobies, paniques, troubles obsessionnels compulsifs ou TOC), les troubles de la personnalité, les troubles psychotiques (schizophrénie…), mais aussi les troubles de l’humeur (états dépressifs, bipolarité), l’autisme ou encore le syndrome d’Asperger. Vue la large variété des typologies possibles, on comprend la difficulté de lecture. On ne peut fonctionner de la même façon avec une personne souffrant de troubles liés au syndrome d’Asperger qu’avec une autre présentant des troubles dépressifs.

Environ 11% de salariés à tendance dépressive

Les troubles psychiques se rencontrent dans toutes les catégories sociales, tous les secteurs d’activités, toutes les professions. Au regard des statistiques, nous avons obligatoirement dans une population de 1000 personnes, au moins 200 personnes, peu ou prou, en situation de handicap psychique.

Selon différentes enquêtes*, la proportion de personnes à tendance dépressive occupant un emploi, se situe autour de 11% (sans différence selon le sexe). Près de 18 % des personnes interrogées ont déclaré avoir vécu un épisode dépressif majeur (EDM) au cours de leur vie professionnelle. La prévalence de l’EDM chez les femmes est plus de deux fois supérieure à celle observée chez les hommes (ANADEP).

Les troubles englobant l’anxiété généralisée, l’agoraphobie, la phobie sociale, les troubles paniques et le stress post-traumatique concerneraient 17 % des hommes et 25 % des femmes. Les phobies spécifiques, très fréquentes, toucheraient de 10 à 20% de la population sur une vie entière. Les différents troubles de la personnalité représentant entre 0,5 et 3% de la population, et les TOC de 2 à 3% de la population générale.

Ces troubles ne sont pas un frein à l’employabilité et au maintien dans l’emploi si l’environnement est adapté. Là où il y a problème, c’est lorsqu’il y a chez la personne souffrant de ces troubles une décompensation entraînant la perte d’adéquation avec l’entreprise et le poste.

Des solutions pour les entreprises ?

Dans le contexte actuel de réduction des effectifs, de pression accrue sur les résultats, ce qui était jusqu’alors toléré ne l’est plus. Ce qui pouvait éventuellement passer inaperçu est maintenant cruellement visible. C’est pour cette raison que les entreprises doivent imaginer de nouvelles solutions, anticiper les décalages de performance.

Le rôle des experts externes peut s’avérer bénéfique. En effet, si les organisations sont souvent perdues face au handicap psychique, je constate que lorsqu’elles décident de faire appel à des intervenants extérieurs, elles sont extrêmement volontaires et impliquées. Lorsque des erreurs ont été commises – parfois juste par souci de bien faire de la part de l’entreprise ! – le rôle de l’expert peut être aussi de rectifier le tir et rétablir une situation devenue ingérable.

Lorsque l’entreprise sort de son champ de compétences, il peut y avoir un risque, à la fois pour le salarié et pour l’organisation. La sphère professionnelle, doit rester la sphère professionnelle ! L’entreprise, le management ne doivent en aucun cas se positionner comme éducateurs.

*Enquête multicentrique internationale « Santé mentale en population générale : images et réalités », enquête décennale santé 2002-2003 de l’INSEE et enquête Anadep sur la dépression (2005) en France.

 

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